Anorexie et boulimie
Luc Morin m.d.

Une question : La boulimie et l’anorexie

Depuis les années 50, nous assistons à un véritable engouement pour le corps, sa présentation et son apparence. Adolescentes et jeunes femmes adultes constituent le groupe d’âge le plus vulnérable à cette sur-valorisation du corps, probablement parce qu’elles sont au centre, dans la culture occidentale et nord-américaine, de pressions énormes pour développer et maintenir un corps longiligne, parfaitement proportionné. A cet âge ou on apprend encore à résoudre des problèmes et ou l’on découvre toutes sortes d’anxiétés, la tentation est grande, pour se sentir confortable le plus rapidement possible, de se conformer aux exigences sociales, même déraisonnables. Et quand il semble que toute la vie, son estime de soi, son acceptation, ses réussites et son bonheur, déprendront principalement du poids ou de l’apparence physique, la boulimie et l’anore-xie peuvent alors se présenter comme étant des solutions intéressantes. Elles sont cependant très risquées pour la santé physique et psychologique de l’individu.

 

La boulimie nerveuse

Apparue en masse vers la fin des années 70, la boulimie est actuellement la forme la plus populaire et la plus fréquente des troubles de l’alimentation. Elle semble exercer un attrait particulier sur les 16-24 ans, très souvent de poids normal (à l’instar des anorexiques), pour des raisons encore inconnues. L’envie très forte, répétitive, souvent irrésistible de manger excessivement ou de se goinfrer de nourriture les plus diverses, suivie de vomissements, de l’emploi de laxatifs ou de diurétiques, caractérisent le syndrome boulimique.

 

L’anorexie nerveuse

Elle débute le plus souvent entre 12 et 18 ans et se caractérise par une perte de poids importante consécutive à un état de sous-alimentation aigu ou chronique relié à une crainte plus ou moins avouée et consciente d’être trop grosse. Même quand l’ano-rexique est devenue cadavérique, il peut arriver qu’elle se perçoive encore comme étant trop grosse ! Vomissements, purgations et exercices physiques ex-agérés sont aussi des méthodes accessoires de contrôle de poids parfois utilisés par l’anorexique.

 

Les incovénients, les risques

La façon de faire "boulimique" ou "anorexique" peut apparaître attirante au départ, mais elle conduit généralement à une situation désastreuse à moins de retrouver rapidement un comportement alimentaire normal. Celle qui restreint systématiquement son apport de nourriture, celle qui vomit, se purge, ou fait de l’exercice à outrance, doit le faire indéfiniment sinon les craintes vis-a-vis le poids ou l’apparence réapparaissent en vrac. Pour cette raison, boulimiques et anorexiques auront tendance à poursuivre un comportement qui occupera de plus en plus de place dans leur vie et, ce faisant, elles mettront de côté les intérêts et soucis habituels de l’existence. L’alimentation devient alors le centre d’intérêt de la vie et non plus les relations interpersonnelles, la famille, les enfants, l’emploi ou la carrière.

 

Vomir : ça fait perdre des calories?

Oui, si on a l’esprit tordu, en raisonnant qu’une partie de la nourriture n’est pas absorbée... La réponse la plus exacte devrait cependant être šnonš, car les vomissements ne parviennent pas à nettoyer l’estomac de toutes les calories. Et c’est pour cela que la répétition de crise de gloutonnerie ou les excès alimentaires suivis de vomissements peuvent conduire en fait à une augmentation du poids.

 

Et les laxatifs?

L’emploi de laxatifs est une méthode totalement inefficace de prévenir l’absorption de calories. La raison en est fort simple: ils agissent au niveau du côlon, après que les calories aient été bien absor-bées dans l’intestin grêle.

La croyance que les laxatifs ont un "bon effet" provient du fait qu’initialement ils causent une perte d’eau de l’organisme, laquelle se traduit par un abais-sement rapide du poids. Mais l’organisme, pour contrecarrer la manoeuvre, réagit immédiatement en em-pêchant l’eau de l’organisme d’être évacué et, à la fin, on se retrouve avec un poids plus élevé qu’avant la prise de laxatifs.

Pire encore, les laxatifs à doses élevées peuvent entraîner la mort.

 

Et les diurétiques ?

Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes filles qui croient pouvoir modifier leur apparence par la prise de diurétiques. Bien à tort, car l’organisme ré-

agit par une rétention de l’eau qui ne peut être contrée que par la prise continue des diurétiques. Dès leur cessation, le corps retrouve son poids d’eau normal.

 

D’autres inconvénients ?

Irritabilité, fatigue, culpabilité, dépression, idées suicidaires... Destruction partielle de l’émail des dents. Gonflement du cou (parotidites)... constipation... arythmie ou arrêt cardiaque.

 

Comment faire?

Quand les vomissements sont contrôlés, les crises de gloutonnerie cessent généralement, même si l’envie de continuer les excès persiste. L’objectif premier est la cessation des vomissements. Tout au long du traitement, psychiatres, pédiatres et omnipra-ticiens devront plusieurs fois rappeler à la personne anorexique, boulimique, ou à la famille, qu’il est illusoire de penser qu’elle peut retrouver un état normal tout en continuant diètes ou vomissements. Le but ul-time des interventions sera d’affranchir l’anorexique et la boulimique de la nourriture ou, dit autrement, de l’aider à reconnaître graduellement qu’elle peut man-ger avec modération de n’importe quelle nourriture sans gain de poids dramatique.

Luc Morin, M.D.