Le suicide et les tentatives de suicide
Dr Richard Boyer



Suicide

Au cours des trois dernières décennies, le taux de suicide au Québec a plus que triplé passant de 5,0 par 100 000 habitants, en 1960 à 18,0 par 100 000 Québécois, en 1987 (graphique 1). Chez les hommes, ce taux a fait un bond de 370%. Cette augmentation s’est surtout produite au cours des années 1970-1987. Une croissance similaire a été observée chez les femmes (350 %). Par contre, les taux de suicide chez les femmes sont beaucoup moins élevés. Ce graphique nous permet aussi de constater que la distance entre les taux de suicide des hommes et des femmes s’accroît d’année en année. Il n’y a pas de doute, les suicides représentent un problème grave dans notre société.


Graphique 1

Taux de suicide, selon le sexe, chez les personnes âgées de 10 ans
et plus, Québec, 1960-1987




Il est aussi important de connaître d’autres faits sur le suicide et les tentatives de suicide au Québec.

Les régions du Québec ne sont pas touchées de la même façon par le phénomène des suicides. Le graphique 2 présente l’évolution de ce phénomène pour les années 1980-1982 et 1983-1987. Seules les régions de l’Estrie (région 05), de l’Abitibi-Témiscamingue (région 08) et du Montréal métropolitain (région 06) ont été témoins d’une diminution sensible du taux de suicide au cours de ces années. Les progrès faits en Abitibi-Témiscamingue sont remarquables. Il n’en demeure pas moins que cette région est toujours la plus affectée par la mortalité due au suicide.


Graphique 2

Taux de suicide, selon la région Québec, 1960-1987




  • C’est chez les personnes séparées ou divorcées de même que chez les jeunes de 15 à 30 ans qu’on trouve le plus haut risque de suicide. Le taux le plus bas se trouve chez les gens mariés ayant des enfants.

  • Une étude du Comité de la santé mentale au Québec montre que, contrairement aux croyances populaires, les suicides ne varient pas en fonction des saisons ou des mois de l’année.

  • Selon les résultats de l’enquête Santé Québec, par chaque 100 000 Québécois ou Québécoises, 850 disent avoir fait une tentative de suicide au cours de l’année. Cela correspond à plus de 40 000 individus. Selon cette recherche, menée dans l’ensemble de la population du Québec, les hommes font autant de tentatives de suicide que les femmes. Néanmoins, il faut noter que les femmes consultent davantage à l’urgence des hôpitaux suite à une tentative de suicide. Les jeunes de 15 à 24 rapportent plus de tentatives de suicide que les répondants plus agés.

  • Les comparaisons des taux de décès par suicide en 1987 aux taux de tentative de suicide, établis par l’enquête Santé Québec, suggèrent que le rapport tentatives de suicide-suicides complétés serait d’environ 47/1 pour l’ensemble de la population, de 27/1 pour les hommes et de 120/1 pour les femmes.

  • Il faut établir clairement que le suicide n’est pas une maladie mentale, mais bien un acte souvent associé à un trouble mental. En effet, la majorité des études scientifiques sur des cas de suicide complétés montrent que la majorité des victimes souffraient d’un trouble mental important.

  • Il est faux de croire que ceux qui parlent de suicide ne passent pas à l’action. Dans huit cas sur dix, les suicidés avaient exprimé leur intention de poser ce geste.

  • Vous ignoriez certains de ces faits ? Vous n’êtes pas tout seul. En fait, la population est peu renseignée sur ce sujet. C’est pourquoi une plus grande sensibilisation et une meil-leure information peuvent contribuer à pré-venir de nombreux suicides.

     

    Intervention

    Lorsqu’un individu est aux prises avec des idées suicidaires persistantes ou qu’il a déjà tenté de se suicider ; il devient important de lui venir en aide. Les services disponibles sont variés. L’individu peut consulter un professionnel de la santé et ne pas hésiter à lui confier son problème. Il peut s’adresser à son médecin de famille, à un C.L.S.C. ou à l’hôpital de son secteur. Il peut également avoir recours aux services d’écoute téléphonique comme Tel-Aide, les Déprimés Anonymes ou encore aux groupes d’aide aux personnes suicidaires. On retrouve les numéros de téléphone de ces différents groupes dans les premières pages de l’annuaire téléphonique. Il faut garder en tête que lorsqu’on se sent accablé par la vie, il ne faut pas hésiter à faire appel aux gens qui peuvent nous aider à nous en sortir plus facilement et plus rapidement. Plus tôt l’aide professionnelle est apportée, meilleur est le résultat.

     

    Aide aux survivant

    Malgré les efforts de prévention, on ne pourra jamais empêcher tous les suicides. Il y aura donc toujours des parents et des amis durement touchés par le geste fatal d’un individu. Il importe donc qu’ils puissent, au besoin, utiliser eux aussi les services offerts aux personnes suicidaires et qu’on les aide à faire face aux perturbations émotionnelles qui les envahissent, comme la honte ou la culpabilité. Des intervenants compétents leur permettront de parler du drame qu’ils viennent de vivre et d’exprimer leurs émotions ; ils leur donneront aussi des directives et des explications, tout en leur procurant le soutien et l’assurance dont ils ont besoin.

    La famille et les amis vivent une crise importante lors du suicide d’un proche. Ils doivent traverser cette dure épreuve avec beaucoup de courage, tout en acceptant de laisser derrière eux cette expérience difficile. Ils ont le droit de retrouver leur équilibre et leur optimisme afin de vivre pleinement leur vie.

     

    Prévention

    Les mesures de préventions sont de plusieurs ordres. D’une part, elles consistent à sensibiliser les professionnels de la santé aux signes exprimés par les patients suicidaires, à consolider les centres de prévention du suicide qui existent déjà et doter chaque région de groupes de prévention du suicide. Il est aussi essentiel de favoriser les recherches dans le domaine des maladies mentales afin de mieux comprendre et aider les personnes qui veulent en finir avec leurs jours. D’autre part, la prévention s’effectue par l’information donnée au public. En sachant reconnaître les signes précurseurs, l’entourage peut aider plus adéquatement l’individu suicidaire. Voici quelques exemples de ces indices :

      Indices verbaux directs : "Je ne peux plus supporter cette situation. Je vais me suicider"

      Indices verbaux indirects : "C’est le dernier verre que tu vas me payer"

      Indices non verbaux : ils sont multiples et varient d’un individu à l’autre

  • Changement dans les intérêts de la personne (perte d’intérêt pour le travail et les amis)

  • Changement de style de vie (autrefois très engagé socialement, l’individu devient solitaire et replié sur lui-même)

  • Changement dans les habitudes alimentai-res et le sommeil

  • Changement d’attitudes face à la vie (pessimisme, idées noires, dépression, intérêt inusité pour la mort, culpabilité prononcée)

  • Changement dans les relations avec les autres (l’individu peut devenir agité, irritable, agressif ou soumis et retiré).

     

    Conclusion

    Bien que l’empleur réelle du phénomène

    y soit sous-estimée, l’ensemble des données sur le suicide brosse un portrait plutôt sombre. Le Québec connaît une hausse vertigi-neuse du taux de suicide, le problème est important ches les jeunes et les personnes seules, séparées, veuves ou divorcées. Le suicide n’est donc plus le problème de quelques individus trop isolés pour qu’on leur prête temps et attention. Il est maintenant devenu un problème de société.

    Ainsi, la question du suicide au Québec réclame une attention très sérieuse. Des moyens d’intervention efficaces doivent être pris rapidement, afin que les Québécois quittent les premiers rangs des détenteurs de ce triste record.

     

    Pensez-y

    Le taux de suicide a triplé au cours des trente dernières années. Chez les jeunes, le suicide représente la deuxième cause de mortalité après les accidents de la route.

    Le suicide, les tentatives de suicide et les idées suicidaires représentent donc un problème grave dans notre société.

    Aidez-nous à sensibiliser davantage la population à ce sujet et à lui donner une meilleure information sur les signes précurseurs. 

     

     

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